Il y a quelques semaines, j’ai perdu une amie.
Et dans le creux laissé par son absence, j’ai réalisé à quel point ma maison m’a aidée à vivre ce deuil. Pas à “guérir”. Pas à tourner la page. Mais à me contenir, à me permettre d’exister après le choc de la nouvelle.
Que l’on parle d’un deuil visible comme la perte d’un être cher ou d’un deuil invisible, par exemple la fin d’une relation, d’un projet, d’un chapitre de vie, il n’y a pas de bon timing, ni de bonne façon de le traverser. En revanche, notre maison peut devenir un espace thérapeutique.
Dans cet article, je vais vous emmener dans une exploration, à la croisée de la psychanalyse, du coaching émotionnel et de l’architecture intérieure. Un voyage pièce par pièce, phase par phase, pour comprendre comment notre espace peut nous soutenir dans le processus du deuil.

Le deuil : une traversée psychique, physique et symbolique
Le deuil est un processus complexe qui ne se vit pas que dans la tête. Il engage le corps, les émotions, la mémoire et le langage.
En psychanalyse, on parle de travail de deuil . C’est un processus par lequel le psychisme tente d’intégrer une perte, de renoncer symboliquement à l’être, la vision, l’objet aimé, et de réorganiser son monde intérieur.
Mais voilà : notre psychisme ne travaille pas dans le vide. Il s’appuie sur des repères, des rythmes, des espaces. Et notre maison devient alors le décor de ce travail ‘intégration et de transformation.
1. La chambre : le déni, ou le besoin de se réfugier
Lorsque le choc de la perte arrive, le premier réflexe est souvent le repli. On dort trop. Ou pas du tout. On garde les draps, les objets, les odeurs. On évite de toucher à ce qui symbolise “l’avant”.
Pourquoi ?
Parce que le déni est une protection. Le cerveau ne peut pas tout intégrer d’un coup. Il nous maintient dans une bulle émotionnelle plus ou moins étanche.
Ce que la chambre peut offrir :
- Un espace-cocon, doux et réconfortant.
- Un endroit où le temps peut s’arrêter sans culpabilité.
- Un lieu de transition entre ce qui fut et ce qui vient.
Conseil d’aménagement : introduire un objet de transition : une pierre, un carnet, une étoffe choisie avec intention. Quelque chose qui ancre : je suis encore là, même dans ce flou.

2. La salle de bain : la colère, ou quand le corps crie
La colère est souvent mal accueillie dans notre société. Pourtant, dans un processus de deuil, elle est légitime, nécessaire, saine. C’est le corps qui crie l’inacceptable.
En coaching, on observe souvent que les émotions refoulées finissent par se loger dans le corps. Et la salle de bain vient alors cristalliser ses émotions du corps : les pleurs sous la douche, les tensions dans les mâchoires, le miroir qu’on évite ou qu’on fixe avec rage.
Ce que la salle de bain peut contenir :
- L’expression physique des émotions
- La réconciliation progressive avec le soi
- Des rituels de pacification sensorielle
Conseil d’aménagement : alléger visuellement l’espace. Ajouter des matières réconfortantes, des huiles, des lumières douces. S’ancrer dans le corps par la sensorialité : toucher, odeur, chaleur.
3. La cuisine : le marchandage, ou digérer ce qui ne peut l’être
C’est une phase mentale. On rejoue les scènes, on imagine les “et si…”, pendant que notre rapport à la nourriture se modifie.
Dans le deuil, notre rapport à l’alimentation change. La cuisine devient un endroit étrange : soit trop vide, soit trop chargé. On y erre parfois sans faim. Ou bien on y mange trop, n’importe comment, juste pour combler. Et souvent, on culpabilise.
Mais ce n’est pas un manque de volonté. C’est le corps qui tente, à sa manière, de digérer.
La cuisine devient alors un lieu de souvenirs. Et en même temps, c’est un lieu qui peut t’aider à reprendre contact avec soi. Pas avec les injonctions. Pas avec les “il faut bien manger”. Juste avec soi.
Ce que la cuisine révèle :
- Nos mécanismes de compensation
- Le lien entre émotions et alimentation
- Notre capacité à prendre soin de nous, même dans l’inconfort
Conseil d’aménagement : créer un coin simple mais vivant : une théière, une herbe fraîche, une tasse préférée. Ranger les aliments chargés en souvenirs si nécessaire. Préparer un geste nourrissant symbolique : une soupe maison, une infusion, un gâteau transmis.
4. Le salon : la dépression, ou l’appel du silence
En psychologie de l’habitat, le salon symbolise la vie sociale, les échanges, les liens. C’est l’endroit où l’on reçoit. Où l’on rit, discute, partage.
Mais quand on est en deuil, ce symbole peut devenir douloureux. Car la vie sociale s’efface. Les interactions fatiguent. Parfois, on n’a même plus la force de répondre à un message.
Le salon devient alors le contraire de ce qu’il représentait : un lieu pour se retirer, pour s’effondrer en silence, sans avoir à donner, à sourire, à expliquer. Un endroit pour habiter la lenteur, le vide, l’épuisement.
Le salon devient alors un sas. Un endroit pour habiter la lenteur, le vide, l’épuisement. Et parfois, dans ce vide, il y a une forme de paix qui commence à se dessiner. Une forme de silence qui soigne.
Ce que le salon peut contenir :
- L’ambivalence émotionnelle
- La solitude, choisie ou subie
- Une possible réouverture au lien, petit à petit
Conseil d’aménagement : Garder un coin vide qui devient un espace pour souffler. Pour s’écouter. Et si on en ressent le besoin, on peut ajouter de la matière : un plaid en laine, une lumière tamisée, un coussin doux pour soutenir le système nerveux.

5. L’entrée et le bureau : l’acceptation, ou le retour à soi
Il arrive un moment, et chacun a son rythme, où l’on sent que quelque chose se remet en route. Ce n’est pas un grand changement, mais on peut avoir envie de bouger un meuble. D’ouvrir une fenêtre. De faire un peu de place.
Ce moment-là, c’est souvent un tournant. Attention, cela ne veut pas dire que l’on fini la période du deuil… Mais qu’on commence à réintégrer la vie, petit à petit. L’entrée et le bureau sont souvent les espaces qui traduisent ça. Ce sont des lieux de passage, de projection, d’intention.
C’est un seuil symbolique.
Dans la psychologie de l’habitat, ces pièces représentent le rapport entre le monde extérieur et notre monde intérieur. Elles filtrent, elles accueillent, elles posent un cadre.
En période de deuil, franchir cette frontière prend une autre dimension. Le dehors paraît lointain, agressif parfois. Et le dedans… ne ressemble plus vraiment à un refuge.
Ce que ces pièces symbolisent :
- Le lien entre intérieur et extérieur
- La projection dans le futur
- L’ancrage dans un présent apaisé
Conseil d’aménagement : Alléger l’entrée. Poser une intention visuelle (mot, image, mantra). Réorganiser le bureau autour d’une énergie nouvelle.
Maison et psyché : une alliance thérapeutique
En psychanalyse, on sait que rien n’est anodin. Pas un objet, pas une disposition, pas un oubli. Votre intérieur raconte une histoire. La vôtre.
Parfois claire, parfois floue, et souvent pleine de contradictions…comme nous tous.
On garde certains meubles « parce que ça a toujours été là », on évite une pièce sans trop savoir pourquoi, on vit dans un espace qui ne nous ressemble plus… et on s’étonne de se sentir bloquée, dispersée, épuisée. Je ne vous invite pas à faire du tri façon méthode miracle. Je vous invite à regarder autrement. À faire des liens.
Parce qu’un espace, ça parle. Et parfois, ça soigne. Non, votre maison n’est pas un décor, n’est pas juste un habitat. C’est un terrain de jeux, de tension entre élans, loyautés, deuils, désirs. Et parfois, changer un détail, c’est déjà amorcer un déplacement intérieur. Et si rien ne change tout de suite, c’est ok. Ce n’est pas l’action qui compte en premier.
C’est l’écoute. La conscience. Le regard qui se décale.

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